Tous nos choix sont-ils libres ? Enquête sur les biais cognitifs

Sommes-nous réellement maîtres de nos décisions ? Nous pouvons penser que nos dirigeants politiques ou économiques ne peuvent prendre que des décisions rationnelles, qu’ils seraient immunisés contre les théories du complot. Il semblerait logique de toujours choisir la décision la plus positive, la plus grande récompense, la plus grosse somme d’argent. Mais ce serait oublier les biais cognitifs, ces illusions de la pensée qui nous poussent à adopter divers comportements irrationnels sans que l’on s’en aperçoive.

Ils sont beaucoup trop nombreux pour être tous cités, je vais cependant vous en présenter quelques uns. 

Le codex des biais cognitifs, qui récapitule l’ensemble de la théorie (clique sur l’image pour la voir en grand sur le site d’origine)

L’étude des biais cognitifs fait partie d’une discipline qui s’appelle l’économie comportementale. Elle fait partie des sciences économiques.

L’un des principaux objectifs de cette discipline est d’expliquer pourquoi, dans certaines situations, les êtres humains adoptent un comportement qui peut paraître irrationnel (économie expérimentale).

Elle a été inventée par deux psychologues israélo-américains : Amos Tversky (1937-1996) et Daniel Kahneman (1934-présent). Ce dernier a d’ailleurs reçu en 2002 le prix Nobel d’économie pour ses recherches. 

Voici quelques exemples de biais cognitifs :

Le biais de confirmation ou biais d’optimisme

Une explication de ce comportement est que l’humain a tendance à préférer les informations qui confirment ses croyances et à occulter celles qui entrent en contradiction avec ces dernières.

Notre vision du monde est limitée par nos croyances (ensemble de pensées), selon le psychologue cognitiviste Stanislas Dehaene et sa théorie du “cerveau bayésien” présenté en 2012. Ainsi, quand il nous manque des informations sur quelque chose, notre cerveau va sélectionner des informations parmi ce que l’on croit déjà savoir afin de nous aider à construire une vision du monde, limitée par ce que l’on croit. C’est de la vraisemblance.

Là ou le biais de confirmation peut être dangereux, c’est dans ce genre de situation : plus nous croyons en quelque chose, plus nous avons tendance à surestimer la part de la population globale qui partage nos vues. Ce qui pose évidemment des problèmes, surtout quand cela s’applique à un décideur qui détient beaucoup de pouvoir. 

De plus, la vérité ne dépend pas de ce que la majorité des autres peut penser !

Un cas d’école du biais de confirmation est l’astrologie

Les horoscopes tels que : “Cancer, des erreurs sont à prévoir” ne sont fondés sur absolument rien de scientifique. Le biais de confirmation peut justifier le fait que certaines personnes croient encore à l’astrologie dite ”populaire”. Si un horoscope prédit trois choses : une qui correspond à nos attentes et deux autres non, nous n’aurons tendance à ne retenir que la première. 

C’est également valable dans ce que l’on appelle le “cherry picking”, littéralement : sélectionner des cerises. Si nous avons quatre-vingt dix études qui disent que par exemple la pluie vient des nuages et trois études qui disent le contraire, nous aurons tendance à ne pas les sélectionner.

Cela peut également expliquer le fait que si une information est trop éloignée de ce que l’on croit déjà, on ne prendra même pas le temps de l’étudier, ou même de la regarder. 

Cela justifie également pourquoi les gens conservent de fausses croyances ou continuent à adopter des comportements à risque.

Est-ce par manque de remise en question ? Je n’ai hélas pas de réponse satisfaisante à vous donner…

Le biais des coûts irrécupérables

Cela consiste à croire que l’on va économiser de l’argent en faisant à tout prix ce pour quoi on l’a dépensé. Ce qui est complètement faux. Cet effet prend tout son intérêt lorsqu’il y a des investissements notamment. 

Exemple

Voici ce que montre une étude réalisée dans les années 80 par les deux psychologues Arkes et Blumer qui illustre bien ce biais :

Ils ont proposé à un groupe de participants le scénario suivant : Le PDG d’une entreprise d’aéronautique souhaite développer un nouvel avion furtif pour un budget de 10 millions de dollars. Une fois avoir dépensé les 9 premiers millions de dollars (le projet était alors achevé à 90%), il apprend alors qu’un concurrent vient de développer un avion moins cher et plus performant que le leur, condamnant le projet de 10 millions à un échec commercial. 

La question posée aux participants est: est-ce que vous dépensez un million de dollars pour compléter le projet ? 

Le “oui” l’a emporté à 85%.

Ils ont ensuite proposé à un autre groupe de participants une variante de ce scénario :

Illustration de l’expérience de Arkes & Blumer extraite d’une vidéo de Science étonnante

La situation initiale était la même sauf que le projet ne coûtait qu’un million de dollars et n’avait pas commencé. La question cette fois-ci était : êtes-vous prêts à dépenser un million de dollars pour terminer le projet ?

Le “non” l’a emporté à 83%.

Comme vous pouvez le voir, dans les deux scénarios, la question est absolument la même et les réponses très différentes. 

On retrouve souvent ce biais en politique.

Un autre exemple qui peut-être vous parle un peu plus, c’est celui du développement du Concorde. Les développeurs avaient beau savoir que ce projet serait un échec commercial, ils ont malgré tout choisi de le continuer afin de ne pas “gâcher” l’argent déjà investi.

L’argent a été dépensé qu’on le veuille ou non, c’est un coût irrécupérable. Le fait d’avoir d’ores et déjà utilisé les 9 premiers millions d’euros ne devrait donc pas nous influencer.

Ce phénomène conduit à une auto-justification lors de laquelle les individus cherchent à rationaliser leur comportement antérieur ou à se défendre psychologiquement contre les conséquences néfastes.

Mais l’on verra plus tard dans l’article que c’est plus compliqué que ça…

Cet article comportera une deuxième partie, qui sera publiée très bientôt sur le blog et qui vous parlera d’autres biais cognitifs, comme par exemple l’effet d’ancrage, ou l’effet de halo. Restez connectés !

Louisa

Références :

Sources des images :

  • Image d’en-tête : cerveau. Image d’ElisaRiva sur Pixabay. Licence Pixabay
  • Codex des biais cognitifs : Image par John Manoogian III, Buster Benson, Albert Moukheiber et Mariam Chammat sur Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA
  • Expérience : Image extraite de la vidéo « Les coûts irrécupérables – Crétin de cerveau 3 » par David Louapre sur Science Etonnante. Licence CC BY-NC-ND

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.