Quelques mots avec Laurent Buckley, coordinateur Sea Shepherd à Marseille

Sea Shepherd est une organisation indépendante visant à protéger la biodiversité marine opérant avec plusieurs bateaux disposés partout dans le monde. Vous pouvez retrouver ici l’article écrit par Hugo en mars dernier, et qui présente l’organisation : Sea Shepherd : protecteurs des océans ou écoterroristes ?

Monsieur Laurent Michel Buckley a eu la gentillesse de répondre à quelques questions d’Hugo. Il est coordinateur de Sea Shepherd à Marseille.

Hugo pour LVC : Travaillez-vous sur des projets avec l’organisation en ce moment ?  

Laurent Buckley (LB) : Nous travaillons sur beaucoup de projets en ce moment. L’organisation a atteint un tel niveau de développement que nous arrivons à mener plusieur actions au même moment. Nous avons des opérations qui se déroulent en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest, et une campagne en France devrait commencer sous peu. Cette dernière aura lieu sur la côte Atlantique dans le but d’alerter les autorités et l’opinion publique sur le sort des dauphins, car des milliers meurent chaque année (entre 5 000 et 10 000), pris dans des filets des chaluts de pêcheurs. Ils s’échouent sur les côtes françaises. Nous allons envoyer un navire sur place pour essayer de se rapprocher des pêcheurs et de documenter et filmer leurs actes.

LVC : Quel rôle occupez-vous dans l’organisation ?

LB : Je suis coordinateur du groupe Sea Shepherd à Marseille. Je fais aussi partie de l’équipe médias, c’est à dire que j’anime la page Facebook, je travaille aussi sur la boutique en ligne qui vend des T-shirts pour financer l’ONG, et je suis conférencier : je donne des conférences un peu partout en France. Je peux aussi être amené à intervenir sur le terrain assez régulièrement.

LVC : Dans les projets que vous avez évoqués tout à l’heure, y a t-il des projets qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

LB : Ils sont tous importants, mais je pense que les missions que nous menons en Afrique sont particulièrement importantes car ce sont des missions sur lesquelles nous travaillons en collaboration avec les gouvernements africains. Ce sont eux qui nous appellent, qui nous demandent de l’aide car ils se font piller leurs eaux territoriales : de gros bateaux de pêche étrangers viennent pêcher en toute illégalité dans leurs eaux territoriales. Les gouvernements n’ont pas forcément les moyens d’effectuer les contrôles, donc ils font appel à nous et nous leur fournissons un bateau, un équipage, et l’essence pour le bateau. Nous les aidons à patrouiller, à contrôler leurs eaux territoriales, à arrêter les braconniers et la pêche illégale dans leurs eaux. Ce sont donc à mes yeux des missions très importantes, qui aident ces pays dans la voie du développement et qui les aident à récupérer leur souveraineté sur les eaux.

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Navire Sam Simon de la flotte de Sea Shepherd, amarré à Sydney (Australie) en 2014

LVC : Arrivez vous à rester dans les limites de la légalité lors de vos actions ?

LB : Nous sommes obligés de rester dans le cadre de la légalité car sinon nous nous ferions saisir des bateaux, nous serions arrêtés ou emprisonnés. C’est déjà arrivé que nous ayons des bateaux saisis ou des bénévoles poursuivis ou emprisonnés, mais c’est vraiment rare. Nous intervenons donc seulement dans des situations d’illégalité constatée : par exemple, pour la chasse à la baleine au Japon, tout le monde savait qu’ils chassaient la baleine, tout le monde savait que ce n’était pas une chasse scientifique du tout, et pourtant personne n’agissait. Nous nous servons d’un texte qui s’appelle la Charte mondiale pour la nature qui a été écrit et ratifié par l’O.N.U : ce texte explique que quiconque assiste à un crime ou un délit en haute mer doit forcément prévenir les autorités, mais en attendant que celles-ci interviennent, il est habilité à intervenir pour y mettre fin. C’est plus ou moins la même chose que ce qui se passe à terre : par exemple si quelqu’un agresse une personne en lui volant son sac, il faut prévenir les autorités mais les témoins ont tout à fait le droit d’intervenir pour essayer d’arrêter le voleur en attendant que la police arrive.

LVC : Concrètement, comment se passent vos actions ?

LB : Avant tout, nos actions sont des actions qui se passent sur le terrain et nous essayons de faire cesser les situations de braconnage et de pêche illégale que nous constatons : c’est le coeur de notre action. Pour reprendre l’exemple de la pêche à la baleine en Antarctique, les Japonais “s’auto-accordaient” un total de 1000 baleines à tuer environ. Nous savions que leur seuil de rentabilité était d’environ 700 baleines, c’est à dire que s’ils attrapaient moins de 700 baleines, leur campagne n’était pas rentable financièrement car cela leur coûtait trop cher. Quand nous intervenions, certaines années les baleiniers repartaient avec environ 90 baleines. Pour nous le principal objectif est là : empêcher la pêche illégale, mettre un terme au braconnage en leur faisant perdre de l’argent. Nous essayons de prendre un maximum de photos, de films en plus pour médiatiser ces actions, pour les faire connaître du grand public pour que la situation puisse changer, que des Etats puissent intervenir et puissent prendre des décisions, par exemple de poursuivre le Japon en justice. Cela a d’ailleurs été fait en 2014, le Japon a été condamné par la Cour internationale de justice. Nous avons donc besoin de soutien, nous ne pouvons pas tout faire en tant qu’association. On intervient dès que c’est possible, on essaie de mettre un terme à la pêche illégale, on arrête des bateaux, on les éperonne, on les ramène aux autorités, et en plus de ça, nous cherchons à faire connaître ces actions.

LVC : Quelles sont vos sources de rémunération dans l’organisation ?

LB : La seule et unique source de rémunération pour l’organisation est les dons. Nous sommes entièrement financés par des dons privés, nous ne recevons aucune subvention d’aucun Etat, ce sont des financements à 100% privés.

LVC : Avez-vous quelque chose à ajouter ?

LB : Il est fondamental d’insister sur l’importance de la protection des océans : les océans nous fournissent 50% de l’oxygène que nous respirons, ils fixent près de la moitié du CO2 que nous émettons sur la planète, sont un des plus importants facteurs de régulation climatique. Et pourtant, à travers nos activités (surpêche, pollution,rejet de gaz dans l’atmosphère, braconnage…) nous sommes en train de faire suffoquer les océans. Il est très important de réaliser que les océans rendent la vie sur terre possible. S’ils meurent, c’est toute la vie sur terre et donc notre propre espèce qui sera menacée d’extinction.

En protégeant les océans, nous protégeons notre avenir.

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Baleines à bosse en train de pêcher – Alaska, 2007

Sources des images :

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